Ancienne usine de l'industriel allemand Lenze, le site Mov'NTec produit aujourd'hui Le Galibot, un petit utilitaire électrique.

Visite de l’usine Mov’NTec : un utilitaire sans permis pour assurer l’avenir

photos : Nicolas Meunier et Mov’NTec

Ancienne filiale de l’entreprise allemande Lenze, Mov’NTec opère sa reconversion, grâce à de multiples activités, dont la construction d’un utilitaire sans permis. Avec à la clé un outil industriel d’une modernité sidérante dans le secteur.

Lorsqu’on arrive devant les locaux de Mov’NTec à Ruitz, près de Béthune (Pas-de-Calais), l’ampleur du bâtiment déroute pour un constructeur débutant de voitures sans permis. L’usine d’une surface totale de 15 000 m2 ne dépare certes pas dans ce bassin industriel, où on trouve à un jet de pierre le site de Renault spécialisé dans les boîtes de vitesses automatiques. Si les dimensions sont gigantesques, c’est que Mov’NTec n’est ni un constructeur de voitures sans permis, ni un débutant… Une mise au point qui mérite un petit historique.

Usine Mov’NTec de Ruitz

C’est en 2004 que ce site a été érigé par l’entreprise allemande Lenze, spécialisée dans les moteurs électriques, les motoréducteurs et l’électronique de puissance. L’usine de Ruitz devenait la troisième du groupe, avec pour rôle de diffuser sa production dans toute l’Europe de l’Ouest. L’activité a perduré pendant près de vingt ans, jusqu’au Covid. Après la pandémie, Lenze a décidé de réduire les coûts et de lâcher son site français. La recherche de repreneurs étant poussive, le directeur du site Francis Kopp et le directeur commercial Antoine Cumin ont décidé de prendre le taureau par les cornes et de racheter l’outil industriel pour fonder Mov’NTec en 2022. Et sauver au passage 120 emplois.

Reprendre une usine est une chose, assurer sa pérennité en est une autre ! Les deux associés pouvaient compter sur une transition en douceur. « Nous avons signé un contrat de sous-traitance de cinq ans pour Lenze. Mais cela signifie qu’au bout de cinq ans, nous n’avions plus d’activité ni de produit », explique Francis Kopp. Evidemment, la propriété intellectuelle des produits reste dans l’escarcelle de Lenze. Alors, il a fallu trouver des échappatoires.

De nouvelles activités pour assurer l’avenir de Mov’NTec

Immédiatement, Mov’NTec a accueilli des start-ups dépourvues d’outil industriel, leur donnant l’opportunité de démarrer une production. Dans le domaine de la batterie évidemment. Mute Energy débute tout juste la fabrication de ses stations d’énergie mobiles, réalisées à partir de batteries de voitures recyclées. Idem pour Otonohm, qui propose des packs de batteries tout-terrain réparables, et occupe 300 m2 au sein de l’usine. Quant à Circulacar, elle développe des batteries pour tous types de véhicules, avec une spécialité dans les engins aéroportuaires. D’autres activités plus originales trouvent également refuge dans les locaux de Ruitz : les bornes de charge à induction de Up&Charge (qui utilisent 500 m2 de l’usine), les purificateurs d’air aux algues de Bioteos (100 m2), ou encore le robot autonome agricole Osiris, conçu pour l’arrosage des pommes de terre (100 m2).

Puis, il a fallu penser à des activités directement gérées par Mov’NTec. C’est là qu’entre en scène le nouveau petit utilitaire électrique… qui rappellera des souvenirs à certains, puisque sa conception est signé Daniel Renard, un incontournable du milieu de la voiture sans permis dans le nord de la France ! « Nous avons eu l’opportunité de racheter les droits de production et la propriété intellectuelle du Fun Lander auprès de Secma », reprend Francis Kopp. Les plus fins connaisseurs du secteur se rappelleront qu’une version électrique du Fun Lander a déjà failli voir le jour il y a quelques années, sous la marque WN. Conçue par Secma, celle-ci devait être fabriquée dans l’ancienne usine Whirlpool d’Amiens, reprise par Nicolas Decayeux. Mais la faillite de cette entreprise en a décidé autrement. Les équipes de Mov’NTec s’empressent de préciser que leur véhicule n’a rien à voir. « Nous sommes partis de la base du Fun Lander diesel, et nous avons conçu l’électrification nous-mêmes », assure Francis Kopp. Initialement, l’engin devait s’appeler EV6 (pour Electric Vehicle 6)… En oubliant un peu vite que Kia disposait déjà d’un modèle portant ce nom dans sa gamme. Alors, les terrils jouxtant l’usine ont servi d’inspiration. Ce sera Le Galibot, c’est ainsi qu’on appelait les enfants qui travaillaient dans les mines de charbon de la région, à l’époque de Germinal.

Le nom du Fun Lander est encore lisible sur les outillages rachetés à la Secma.

L’esprit régional est bien présent dans la fabrication du Galibot. « Notre fournisseur le plus éloigné est situé dans les Ardennes », annonce fièrement Francis Kopp. « Il fabrique la coque rotomoulée, nous n’avons pas trouvé un spécialiste de ce procédé de fabrication plus proche, capable de produire une pièce d’aussi grandes dimensions ». Voilà une technique chère à Daniel Renard… Notons qu’outre l’électrification, Mov’NTec a sérieusement retravaillé le Fun Lander sur de nombreux points, comme nous le verrons dans un essai à venir.

Francis Kopp, patron de Mov’NTec, pose à côté du Galibot.

Pour l’instant, Le Galibot reprend la batterie et le moteur électrique de la Citroën Ami, fabriqué à Etaples, à 80 km de là. « Nous sommes en train de développer notre propre moteur électrique, avec le concours de l’IFPEN (ancien Institut Français du Pétrole) », révèle Francis Kopp. Ce moteur synchrone à réluctance variable, baptisé HeSy, sera décliné en trois puissances (2 kW, 4 kW et 6 kW). Il servira non seulement à animer Le Galibot… mais aussi et surtout à Mov’NTec de continuer à faire tourner les chaînes dédiées à ce type de produits, avec une fabrication maison, lorsque la sous-traitance pour Lenze sera achevée. La fabrication devrait débuter au dernier trimestre 2026, occupant 500 m2 de l’usine.

Avec des commandes ouvertes depuis le mois de février et des premières livraisons qui ont débuté en juin, la chaîne de fabrication du Galibot en était encore au stade de la présérie lors de notre visite. Il n’empêche, l’organisation apparaît rationnelle. Sur 900 m2 (soit le poste le plus important parmi les nouvelles activités), on trouve une ligne de production divisée en cinq postes, allant de l’installation des éléments mécaniques jusqu’à la vérification de la géométrie des trains, et au réglage des phares. Il n’a ni tapis roulant, ni convoyeur, rappelant ce qui existe chez de petits constructeurs… A commencer par Secma ! Mais l’ordre règne en ces locaux, avec un magasin de pièces parfaitement organisé.

Les logos 5S sont rares dans les usines de voitures sans permis. Ils prouvent que cette méthode de travail japonaise, destinée à éliminer tout désordre, est appliquée chez Mov’NTec. Et ce « depuis des années », précise Francis Kopp. Dans aucune autre usine de quadricycles, nous n’avons vu de chariot autonome apporter des pièces. Certes, ils sont réservés aux activités autres que la fabrication du Galibot… Pour le moment ! Rappelons que l’aventure industrielle de ce petit utilitaire n’en est qu’à ses débuts. En fonction de la demande en effet, Mov’NTec compte développer une gamme ultra-complète. C’est déjà le cas pour les accessoires, avec divers aménagements destinés à satisfaire tous les corps de métier, comme on peut le connaître chez Aixam Pro, Little ou Goupil.

Les équipes techniques de Mov’NTec travaillent à l’amélioration du Galibot. De nouvelles portes sont en cours de conception.

Bientôt, ce sont de nouvelles versions qui rejoindront le catalogue. Un quadricycle lourd est envisagé, ainsi qu’un 4×4, doté d’un deuxième moteur sur le train arrière, ce dernier étant déjà conçu pour le recevoir. A terme, le nouveau constructeur espère produire de 500 à 1 000 unités chaque année, en visant en priorité les collectivités locales (il profite pour cela d’un référencement au catalogue de l’UGAP), et une myriade d’applications : parcs de loisirs, exploitations agricoles, domaines forestiers… Un objectif ambitieux, quand Ligier souffre sur ce marché. Mais Goupil espère cette année produire plus de 5 000 utilitaires légers, avec une gamme certes bien plus large. C’est tout le mal que l’on souhaite à ce nouveau constructeur !

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