Thomas Comte dirige Ligier depuis le printemps 2026.

Thomas Comte, directeur général de Ligier : « Le made in France est un parti pris et une véritable fierté »

Après une gouvernance partagée pendant quelques mois, Ligier est aujourd’hui dirigée par Thomas Comte. Nouveau venu dans le monde des voitures sans permis, il nourrit tous les espoirs pour la marque, grâce à l’extension de la gamme et de nouveaux modèles électriques. Il a accordé une interview exclusive à Génération sans Permis.

Génération sans Permis : Quel est votre parcours professionnel ?

Thomas Comte : Je suis arrivé en mars dernier à la tête de Ligier. J’ai étudié en école de commerce, avant de travailler dans plusieurs entreprises du secteur de l’automobile, dont Bosch et Valeo. J’ai aussi travaillé à la certification de la qualité pour de grands groupes comme Arcelor Mittal et Vallourec, et j’ai passé plus de la moitié de ma carrière à l’étranger, notamment en Turquie et en Corée du Sud. J’ai une expérience des entreprises en transformation, ce qui a attiré l’attention d’Edify, la holding qui est actionnaire du groupe Ligier.

Comment abordez-vous le marché de la voiture sans permis, qui est nouveau pour vous ?

C’est une niche, que je trouve passionnante… Surtout, c’est un marché en croissance, ce qui est loin d’être le cas de tous les domaines en Europe !

Quels sont les principaux atouts de Ligier à votre sens ?

Ligier a une image unique dans ce secteur, grâce à son histoire dans le sport automobile. La marque parvient à s’imposer avec un positionnement premium, grâce à son design, comme à ses technologies, en particulier en termes de sécurité. Rares sont les concurrents qui offrent de série des phares à LED et quatre freins à disques de série sur tous les modèles. Enfin, notre gamme est très étendue, de manière à satisfaire une large clientèle.

La croissance du marché est surtout portée par des acteurs récents, et plus low-cost. Stellantis en tête, suivi de quelques chinois. Les points que vous venez de citer suffiront-ils a résister ?

Oui, la concurrence est de plus en plus importante, mais nous avons déjà observé une croissance de 6 % en Europe et 11 % en France, au premier semestre 2026. Les modèles d’entrée de gamme peu équipés des concurrents ne s’adressent qu’à la clientèle des jeunes. Notre positionnement semi-premium vise à ne laisser aucun client au bord de la route. La MyLi Lab nous permet de viser les jeunes. Mais nous avons aussi des modèles plus grands, de l’électrique, du thermique… Nous pouvons nous adresser aux seniors, aux actifs qui n’ont pas le permis, aux personnes en situation de handicap, aux urbains, aux clients en zone rurale… Nous voulons passer de la voiture sans permis, qui était une mobilité subie, à la micromobilité, qui est choisie. D’autre part, nous avons l’avantage d’une fabrication française, ce qui est impossible avec les tarifs très bas de nos concurrents. Le made in France est un parti pris exigeant, et une véritable fierté !

Les chiffres de vente de Ligier ont été en forte baisse ces dernières années. Comment comptez-vous redresser la barre ?

Les chiffres de 2025 s’expliquent pour bonne part par notre réorganisation industrielle, où nous sommes passés de deux sites à un seul. Nous sommes toujours en phase de redéploiement industriel, et cela passe par le recrutement d’une centaine de personnes à Abrest. Aussi, notre offre électrique n’était pas adaptée. Ce n’est que depuis le printemps que nous disposons de notre nouvelle batterie de 11 kWh, qui permet une autonomie record sur le segment. Celle-ci est conçue et assemblée en Europe (à partir de cellules chinoises, NDLR), et son BMS (Battery Management System, le cerveau électronique de la batterie, NDLR) est aussi fabriqué en Europe. C’est un vrai succès commercial : nous avons déjà 27 % de parts de marché avec cette proposition. Et nous sommes dans une logique d’extension de gamme, comme nous venons de la montrer avec notre nouvelle Ligier JS60.

Il y a quelques années, la direction commerciale a mis fortement l’accent sur les grands groupes de distribution automobile pour les points de vente Ligier, avec un succès mitigé. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Aujourd’hui, le but est d’avoir un bon maillage territorial, avec 160 distributeurs en France et 550 en Europe. Ce sont des points de ventes dédié. Peu importent la nature et l’historique des investisseurs, tant qu’ils répondent à nos critères.

La gamme comportait quatre modèles, en dehors des utilitaires, lorsque l’offre reposait sur les deux marques Ligier et Microcar. Est-ce que vous aspirez à retrouver une offre aussi étendue ?

Avec l’extension de la gamme, nous visons effectivement à multiplier les modèles… Mais il est un peu trop tôt pour en parler. Vous en saurez plus lors de la présentation de notre plan stratégique Trust, au premier semestre de l’année 2027.

La Ligier JS50 dans le Karussell du Nürburgring

Lors de la présentation de la MyLi Lab, vous annonciez une version électrique, qui n’apparaît plus au tarif. Allez-vous laisser ce modèle d’accès avec une unique offre thermique ?

Non, l’arrivée d’une batterie de plus petite capacité que celle de 11 kWh a été retardée, mais elle est toujours prévue, ce qui nous permettra de proposer une offre électrique à un prix raisonnable, à opposer à nos rivaux.

Comment la clientèle perçoit-elle votre moteur diesel monocylindre, critiqué pour son bruit et ses vibrations à ses débuts ? Où en sont les soucis de fiabilité (notamment sur les queues de soupapes) et d’approvisionnement en pièces détachées pour ce moteur ?

La fiabilité et l’approvisionnement des pièces ne posent aujourd’hui plus de problème. Nous avons fait le bon choix avec ce moteur, puisque c’est aujourd’hui le plus efficient du marché, avec une consommation inférieure de 40 % par rapport aux concurrents. Ce qui constitue un argument de poids au prix des carburants aujourd’hui. Nous avons une autonomie de 550 km, qui est unique sur le marché. D’autre part, la nouvelle génération Revo D+ a très nettement amélioré les niveaux de bruits et de vibrations. Le niveau de satisfaction de nos clients est très positif.

Avec sa transmission placée à l’avant, ce moteur impose un long capot. Ainsi, vous n’avez pu augmenter la longueur de la JS60 que de 3 cm par rapport à la JS50, avec à la clé un coffre certes plus grand, mais pas autant que les modèles les plus logeables de la concurrence, Aixam en tête. Est-ce un problème ? Envisagez-vous une nouvelle plateforme ?

Notre JS60 enregistre un volume de précommandes tout à fait satisfaisant, ce qui tend à prouver que le volume de coffre n’est pas un problème pour la clientèle. La JS60 séduit une clientèle qui cherche un modèle plus premium. A l’opposé, nous étendons aussi notre entrée de gamme et proposons plus d’électriques. Bref, Ligier met les watts !

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